L’Adolescence dans tous ses états

On entend couramment parler de « crise d’adolescence » (ou « crise d’ado » ) dans l’entourage amical ou familial, dans les médias. On pose souvent ce moment de la vie comme un passage, une sorte de rituel presque incontournable dans la vie d’une personne. Mais finalement est-ce vraiment le cas ? Un ou une ado, votre ado devra-t-il nécessairement passer par cette étape ? Et si on ne remarque pas de « crise », doit-on s’en inquiéter ?

Prenons les choses dans l’ordre : d’abord, c’est quoi l’adolescence ?

« La jeunesse d’aujourd’hui aime le luxe ; elle manque de tenue, raille l’autorité et n’a aucun respect pour ses ainés. Les enfants (…) ne se lèvent plus quand une personne d’âge entre dans la pièce où ils sont, ils contredisent leurs parents, se tiennent à table comme des gloutons et font une vie d’enfer à leurs maitres. « 

Cela vous rappelle quelque chose ?! Non? Pas d’impression de l’avoir déjà entendu récemment dans la bouche de certains de nos ainés ou bien quand vous étiez vous même ado ?? Et bien, il s’agit en fait d’une citation prêtée à Socrate, il y a donc quelques siècles maintenant, vingt-cinq pour être exacte ! Cette description quelque peu pessimiste de la jeunesse avec son lot de refus de l’autorité, rejet de la famille, troubles de comportement ressemble sensiblement à ce que l’on peut entendre aujourd’hui encore.

Bien que les penseurs de l’Antiquité se soient interrogés sur le passage de l’enfance à l’âge adulte, bien qu’étymologiquement le mot « adolescent » vienne du latin « adulescens » (déjà sous la Rome antique : « celui qui est en train de croître »), la notion n’a rien à voir avec notre concept actuel. Le terme disparait même durant le Moyen Age. L’adolescence telle que nous l’entendons aujourd’hui est une notion récente, inventée au XIXème siècle.

Définition de l’Adolescence

Pour l’ Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’adolescence est « la période de croissance et de développement humain qui se situe entre l’enfance et l’âge adulte, entre les âges de 10 et 19 ans ». Toujours selon l’OMS, l’apparition de la puberté marque le passage de l’enfance à l’adolescence.

L’adolescence ne se caractérise pas uniquement par les changements physiques typiques de cette période. En effet, il s’agit d’un moment de la vie rempli de transformations émotionnelles et psychologiques aussi importantes que celles qui sont d’ordre physique.

Les transformations physiques à l’adolescence : la puberté

Ce sont les transformations qui semblent souvent les plus observables, la puberté occupe une place essentielle dans la question de l’adolescence, c’est son commencement. Les transformations du corps sont la convergence de trois éléments fondamentaux : l’accélération de la vitesse de croissance, l’importance et la rapidité des changements de la personne dans son ensemble, la grande variabilité inter et intra individuelle. Autrement dit, de manière brusque et rapide, le corps grandit, il change de manière très différente entre garçons et filles, mais tout simplement aussi selon un rythme variant fortement d’une personne à l’autre.

Les modifications corporelles à la puberté sont souvent regroupées en 3 catégories : augmentation de la taille, évolution des caractères sexuels primaires (organes génitaux), évolution des caractères sexuels secondaires (voix, pilosité, seins, système musculaire). L’apparition des premières règles chez la fille et des premières éjaculations conscientes chez le garçon signent l’avènement de la puberté. Les facteurs endocriniens gèrent cette évolution. Plusieurs hormones sont en cause.

Le début de l’adolescence est donc clairement déclenché par des processus biologiques et hormonaux. Pour déterminer le fin de l’adolescence, là c’est moins évident : il y a bien sûr la fin des processus biologiques et hormonaux (la croissance est arrivée à son terme et donc s’arrête !), mais il faut également prendre en compte les facteurs psychologiques (individuels et sociaux) et là c’est moins évident : certains auteurs considèrent que l’adolescence s’étend jusqu’à 25 ans parfois. Tout dépend des critères retenus par chacun.

De nombreux facteurs interviennent comme les données génétiques, mais aussi environnementales (la santé, l’alimentation, les exercices physiques, le niveau socio économique, la culture, …). Par exemple, l’âge de poussée de croissance est aujourd’hui situé vers 10/11 ans pour les filles et 12/13 ans pour les garçons, bien plus tôt qu’en 1950. L’apparition des premières règles chez les filles se fait de nos jours vers 13 ans en moyenne alors qu’en France en 1850, les premières règles apparaissaient en moyenne vers 17 ans ! Autre constat de grande variabilité : aujourd’hui on relève des différences notables entre des pays de même niveau socio-économique, comme l’âge d’apparition des règles (de nouveau !) variant en moyenne d’un an entre les pays de la Communauté Européenne. Si les facteurs climatiques semblent être plus discutés, l’alimentation parait primordiale, une nutrition abondante et riche accélère considérablement l’apparition de la puberté. Une amélioration du niveau socioculturel suggère également une maturation sexuelle précoce.

Les transformations psychologiques

L’image de soi

L’adolescente, l’adolescent se trouve confronté à un corps en pleine mutation ! C’est souvent déroutant de s’approprier ce nouveau corps, de s’y identifier. La question de l’image de soi se pose nécessairement. L’image de soi est une image du corps, chargée d’affects. Elle est en relation avec l’estime de soi (c’est-à-dire avec le caractère positif ou négatif que la personne perçoit d’elle même), elle est construite à travers son propre vécu mais aussi à travers l’image que les autres lui renvoient. Certains vont ainsi ressentir une gène face à cette image jugée disgracieuse, d’autres vont davantage exprimer une part de « fierté » dans ce changement.

L’identité

Chez l’adolescent, la préoccupation de l’image de soi qu’il renvoie aux autres soulève en fait la question de l’identité. Finalement on s’accorde à dire que l’adolescence est un passage de l’enfant à l’adulte. On peut penser que c’est une période de « à la fois » l’enfance et l’âge adulte. Mais en fait l’adolescent n’est plus un enfant, pour autant pas encore un adulte. Il se retrouve en pleine période d’ « entre deux » sans point de repère fiable. La construction de l’identité se fait en lien avec les autres. Les pairs (autres adolescents) peuvent être alors pris comme points de repères pour l’évaluation de soi. L’ado attend les changements, les surveille et les évalue en se comparant à ses pairs, d’où cette centration omniprésente sur lui ou elle.

La pensée hypothético-déductive ou pensée formelle

L’activité mentale de l’ado se restructure complètement, les transformations portant sur ses capacités intellectuelles semblent tout aussi importantes que les bouleversements physiques de la puberté. L’ado devient capable de raisonner de manière plus abstraite et plus complexe ce qui permet notamment à son jugement moral de progresser énormément. L’ado possède ainsi des outils mentaux qui lui permettent de faire des choix et un sens critique qui l’amène parfois à remettre en cause les lois ou règles des adultes. Des différences fortes s’observent là aussi sur le rythme et l’avancée du développement cognitif : concrètement tous les adolescents n’atteignent pas la maîtrise pleine et entière du raisonnement hypothético-déductif. Grâce à l’hypothèse, c’est la découverte des possibles, mais pour cela il faut réussir à se détacher de son propre point de vue momentanément pour prendre un autre point de vue. Vers 11/12 ans, ce n’est pas si évident à faire, c’est accepter la notion de relativité. L’ado devient sensible à la contradiction logique. C’est cette ouverture nouvelle de la pensée qui lui permet d’appréhender les changements pubertaires. C’est aussi le moment de quitter l’enseignement élémentaire pour le collège et de s’ouvrir aux nouvelles disciplines exigeant progressivement l’approche par hypothèses et déductions.

Ces changements physiques, ainsi que les retentissements psychologiques, conduisent l’adolescent, l’adolescente à un réel état de fatigue. L’ensemble retentit bien sûr sur son quotidien, sa vie sociale.

Adolescence et relations aux autres

Les relations avec les parents

Pendant l’enfance, l’influence familiale est évidemment importante, cette influence s’atténue quelque peu à l’adolescence, mais la famille continue à jouer un rôle primordial bien que l’ado marque ses distances par rapport à ses parents.

Les adolescents se questionnent sur leur identité et ressentent un besoin grandissant d’indépendance. Il s’agit également d’une période de confusion où le jeune oscille entre son désir d’autonomie et celui d’être encore dépendant de ses parents. Ce besoin de dépasser le cadre familial peut parfois être une expérience pénible, voire source de conflit. Les lignes bougent dans la famille : on passe davantage d’une autorité unilatérale à l’enfance à une réciprocité et coopération dans la relation parents – ado. L’ado prend conscience des limites de ses parents, en même temps qu’il ou elle découvre ses propres limites. L’importance de la bonne communication se fait ressentir à ce niveau. Au quotidien, les ado vont majoritairement témoigner des comportements ambivalents face à leurs parents. De nombreux exemples de la vie quotidienne le prouvent : l’ado est demandeur d’une sortie, le dialogue s’installe, on s’explique calmement en pesant les modalités, les conditions, tout se passe bien en apparence et l’heure qui suit ou le lendemain c’est le « drame », pourquoi ? comment gérer ce quotidien ?

Il est vrai que faire face à son ado n’est pas toujours chose aisée, demande une certaine énergie. N’oubliez pas que même si votre enfant clame haut et fort son désir d’indépendance, il a toujours besoin de vous à de multiples égards. Soyez présent et paré à lui prêter main forte. Prenez un peu de recul, dans certaines situations respirez un bon coup ! Certains comportements qui peuvent vous paraître a priori inquiétants ne sont peut-être qu’une manifestation attendue de l’adolescence. Vous pouvez vous informer, essayer d’échanger avec d’autres parents ; cela vous permettra peut-être de remettre les choses en perspective. Faites preuve d’écoute, d’ouverture et d’empathie. Tentez de vous mettre à sa place et écoutez son point de vue. Exprimez clairement vos attentes en ce qui concerne les choses qui vous tiennent à cœur : heure du couvre-feu, rendement scolaire, tâches ménagères, etc. Pour les choses que vous considérez moins importantes, misez sur le lâcher-prise et travaillez votre tolérance. Pour éviter la confrontation, suggérez-lui des options au lieu de lui donner des ordres. Certes ceci reste des conseils généraux, ce n’est pas toujours simple de rester calme et prendre les choses méthodiquement quand les émotions entrent en jeu !

Réussir à instaurer une bonne communication au sein de la famille n’est pas inné, communiquer ne se décrète pas ! La communication n’est pas en soi la solution, le moyen de résoudre les difficultés. La parole peut libérer les tensions, mais elle n’a pas pour autant de valeur en tant que telle. Peu importe le thème abordé, l’échange parent -ado par le dialogue permettra à l’ado de s’assurer que le lien est toujours là avec ses parents même si de nombreuses raisons au quotidien semblent le remettre en cause. Le dialogue prouve que l’ado peut garder sa place tout en étant différent de ce qu’il était enfant. Bref en tant que parent vous lui montrez que vous êtes toujours à ses côtés ! Qu’il s’agisse de paroles brèves ou d’un flot de paroles, c’est le climat dans lequel elles vont être dites qui prime sur le nombre. Faites – lui confiance et démontrez-le-lui !

Les relations avec les pairs

Le groupe des pairs, les copains, les amis ont un rôle important dans la socialisation adolescente. Les parents deviennent moins souvent les interlocuteurs privilégiés. L’ado est souvent persuadé que ses parents ne le comprennent pas, se tournent vers ses pairs qui pourront tout naturellement mieux le comprendre. Ses nouvelles activités extra-familiales, ses nouvelles rencontres l’amènent à des relations amicales. Les amis donnent un sens nouveau à sa vie et un nouvel univers de valeurs. C’est à travers ce nouveau type de relations qu’il peut aborder le monde adulte auquel il aspire (tout en le redoutant !). Les amis vont apporter l’étayage, que l’ado ne trouve plus avec ses parents, par leur écoute, leur présence.

Et la crise d’ado alors dans tout ça ??

La question est complexe ! On parle de crise d’adolescence ou plus couramment de « crise d’ado » pour désigner l’ensemble des troubles et comportements difficiles (sautes d’humeur, attitudes de défi, opposition aux parents, comportements excessifs, …) qui surviennent parfois lors de cette période de transition entre enfance et âge adulte.

Pour certains auteurs, comme Alain Braconnier, psychiatre spécialiste de l’adolescence, « la notion de crise d’adolescence est un peu passe-partout », elle serait à relativiser. Seulement 10 à 15% des ado sont dans une détresse importante, la plupart des ado vont bien. Mais, toujours selon A. Braconnier, « il y a aussi un groupe intermédiaire, un peu sur le fil, et ceux-là sont probablement plus nombreux que par le passé. On ne peut pas dire qu’ils vont vraiment mal, on ne devrait pas être trop inquiets pour eux, mais on sent que leur équilibre peut se jouer à peu de chose ». 

L’adolescence peut alors être vécue par beaucoup de parents et d’adolescents comme une période de crise, un temps anxiogène et difficile à surmonter. La « crise » adolescente peut se manifester par des comportements extrêmes : fugues, mise en danger (alcool, drogue, troubles alimentaires), violence tournée vers les autres (délinquance, jeux dangereux) ou retournée contre soi-même (tentative de suicide). Ces comportements et leur sur-représentation médiatique sont très anxiogènes pour les familles mais ils sont loin d’être majoritaires. Tous les ados n’entrent donc pas « en crise », et le monde des médias a parfois tendance à confondre toute une classe d’âge avec des comportements extrêmes mais minoritaires.

Alors quand doit-on s’inquiéter ?

On peut définir trois types de signes pouvant alerter les parents :

  • les plaintes corporelles (maux de tête, maux de ventre, insomnies, manque d’envie, prise de poids rapide) ;
  • les problèmes de comportement comme l’agitation (nervosité, agitation), le repli (apathie, tendance à se renfermer très fréquente, isolement) ou l’agressivité (transgressions, provocations, violence) ;
  • les problèmes scolaires (baisse des notes, absentéisme, indiscipline).

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